SOMMAIRE | MIL, GAC, Mayo-37 : documents publics | 1973


mercredi 13 juin 2007

De l’activité armée en général

De l’activité armée en général

En premier lieu, nous voulons différencier le concept d’agitation armée de celui de lutte armée ou militaire. Un noyau de lutte militaire ne cherche pas de bases politiques de lutte de classes, mais se considère comme étant l’avant-garde ou le fer de lance de la lutte et trouve ainsi en lui-même toute sa justification. A l’inverse, un noyau d’agitation armée ne peut admettre que son activité soit mythifiée en étant considérée comme autosuffisante, mais se définit par sa relation avec la lutte de classes. C’est-à-dire qu’un groupe d’agitation armée est un groupe d’appui qui situe son activité propre au sein de l’ensemble de la lutte de classes du prolétariat, qui fait partie de ladite lutte de classes.

Ceci est très important pour nous puisque cela implique des bases politiques pratiques distinguant les positions petites-bourgeoises ou individualistes des positions prolétaires ou de classes.

-  La conception petite-bourgeoise de l’activité révolutionnaire est celle d’un putsch ou d’une conspiration qui se prépare et se développe sans la classe. L’activité armée est destinée à remplacer l’offensive des masses et l’insurrection finale par une lutte toujours minoritaire.
-  A l’inverse, la conception prolétaire considère que le capitalisme va droit à sa propre destruction, qu’il engendre depuis toujours ses contradictions propres. Le capitalisme a créé et unifié face à lui, dans le procès d’exploitation d’une classe sur une autre, ses propres fossoyeurs, le prolétariat.

Ceci ne veut pas dire que les luttes ouvrières ne présentent pas toute une série de limitations : revendications très limitées, mur de répression face auquel elles se heurtent, faiblesse et isolement des luttes. Les luttes ouvrières doivent passer de la défensive à l’offensive, des revendications pacifiques à la lutte violente et sans quartier, de l’éclatement spontané à l’organisation de cette spontanéité. Tout cela n’est pas facile. Cependant, les résultats obtenus en ce sens sont chaque fois meilleurs et la révolution voit ses prévisions confirmées : l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.

En résumé, l’agitation armée se considère elle-même et constitue effectivement une des facettes ou un des aspects de la lutte de classes du prolétariat, du niveau actuel à celui de l’insurrection générale à laquelle elle aspire. Par sa pratique d’actions nécessairement limitées, l’agitation armée montre que le niveau de violence qui pourrait être atteint ici et maintenant, et donc celui qui devrait être atteint, est bien supérieur à celui que l’on pourrait croire. L’agitation armée, comme toute autre forme d’agitation, révèle le sens de la lutte de classes des masses en les aidant à s’orienter, à se radicaliser et à avancer avec une fermeté toujours plus grande. En même temps, les objectifs concrets de ladite agitation remplissent aussi une fonction d’appui à la lutte de masses.

Au fond, la simple existence et le fonctionnement efficace de l’agitation armée au sein de l’ensemble de la lutte de classes, de même que la prévisible généralisation de noyaux engagés dans un tel type d’activité, viennent renforcer des principes politiques radicaux :
-  Celui selon lequel on a beaucoup parlé de « lutte contre la répression » mais en restant toujours en position défensive et en s’arrêtant à la moitié du chemin, sans être capable de voir qu’il n’y a pas plus de lutte contre la répression que l’insurrection généralisée,
-  Celui selon lequel la véritable lutte contre le système n’est pas un simple putschisme mais la révolution prolétaire, dont le premier pas est le passage de la défensive à l’offensive, toujours plus généralisée.

En résumé, pour qui a une conception prolétaire de la révolution, l’activité armée est une activité d’appui à la lutte de masses et à son insurrection générale. Pour les avant-gardes militaires ou politiques, par contre, la lutte de masses n’est qu’une activité d’appui à leurs propres organisations. C’est cet ordre de priorités et cette différence d’appréciation de l’ensemble qui distingue les communistes des petits-bourgeois au sein de la lutte de classes.

Radicalisation de la lutte de classes

La lutte de classes dans la péninsule souffre d’un processus de radicalisation progressive. L’évolution au niveau mondial confirme et renforce cette évolution. Ceci étant, nous devons jeter un œil sur le passé immédiat.

A l’origine, la lutte de classes ne pouvait trouver d’autre issue que l’éclatement spontané sans continuité. Cette spontanéité fit qu’elle avança en essayant de s’organiser dans la durée sous le nom de Comisiones Obreras. Comme nous le savons tous, le réformisme du P.C. a envahi et manipulé les Comisiones, les a conduites à une institutionnalisation ouvertement bureaucratique et à des formes de lutte en clair recul avec les positions initiales (entrer dans les C.N.S.). L’échec du développement et la crise économique ont barré la route au réformisme modèle P.C. et au réformisme syndicaliste, dépassés politiquement par leur gauche et par un système incapable de satisfaire les plus modestes de leurs revendications.

Face à cette crise du réformisme, qui s’est vue renforcée par la crise du réformisme à l’échelle mondiale, une série de groupes et groupuscules apparurent à sa gauche qui se limitèrent à essayer de remplacer quelques personnes par d’autres, le P.C. par de nouvelles avant-gardes. L’escalade répressive qui a succédé à la crise économique et à l’incapacité du système à satisfaire les besoins de la classe ouvrière a barré la route à ces nouvelles stratégies. D’un autre côté, les groupuscules ont gâché presque toutes leurs énergies en des luttes et dissensions internes, scissions, sectarismes, etc., qui les ont éloignés des masses. Pour cela, les groupes réformistes, comme le PSUC et BANDERA, présentent cet échec des groupuscules comme s’il était son triomphe, comme si la classe ouvrière revenait dans ses rangs.

Nous faisons référence à cette évolution pour faire comprendre une chose. A partir plus ou moins du procès de Burgos, pour mettre une date, la classe ouvrière a vu se fermer définitivement devant elle tant les voies du réformisme que celles des groupuscules avant-gardistes. Une nouvelle période a commencé. Après un premier moment de découragement, la classe ouvrière a démontré sa volonté d’aller de l’avant dans sa lutte révolutionnaire. Dans de telles conditions objectives et subjectives, seules des attitudes réellement radicales étaient viables. Cette situation est bien illustrée par des coups d’éclat comme celles de SEAT à Barcelone, el Ferreol, Vigo, etc.

C’est dans de telles circonstances, propices aux attitudes radicales, qu’il faut situer et comprendre les tâches que nous assignons actuellement à l’agitation armée. La classe ouvrière a vérifié avec ses propres expériences de lutte la non-viabilité du réformisme et des groupuscules avant-gardistes au sein de la lutte de classes, et malgré cela elle n’abandonne pas la lutte mais est disposée à avancer en menant à terme une série d’initiatives radicales, parmi lesquelles on peut comptabiliser les nouvelles tentatives des Plataformas, les coups d’éclat spontanés de caractère radical, l’agitation armée…

Ainsi donc, l’agitation armée ici et maintenant se situe dans un contexte de forte revendication d’une dynamique plus forte et plus dure de la part de l’ensemble de la lutte de classes. Un noyau engagé dans l’agitation armée a divers objectifs :
- atteindre des objectifs concrets,
- radicaliser la lutte ouvrière et multiplier l’apparition de noyaux pratiquant l’agitation armée,
- assurer dans la phase actuelle transitoire le passage qui va de la phase actuelle de radicalisation de la lutte de classes à l’insurrection.


CIA nº 1 - Sobre la agitación armada