SOMMAIRE


mercredi 13 juin 2007

Urbi et Orbi

La mise en ligne de ces archives nous donne l’occasion, actualité oblige, de souligner qu’utiliser les arguments et les méthodes d’action de ceux que nous avons combattus pour en tirer leurs grâces, ou pour prétendre atteindre des objectifs d’antan, supposerait d’admettre que les motivations qui étaient à l’origine de nos actions n’étaient pas admissibles, et cela équivaudrait à avouer que nos discours n’étaient que fumée et délire. Dans tous les cas c’est contresigner la faillite des prétentions du passé autant que se condamner à invalider à jamais nos futures actions. Nous ne pouvons que dénoncer la complaisance d’aujourd’hui autant que le sempiternel confusionnisme de ceux qui, sous prétexte d’action et d’efficacité, oublient que nos méthodes de lutte ne peuvent que profiler l’avenir. Une cohérence minimale est nécessaire. Quand rien ne nous oblige à quémander des aides et appuis qui ne sont donnés qu’avec parcimonie, où l’arrière-pensée est toujours latente, on dédit notre passé autant qu’on contredit nos pensées. Dans ce cas-là, dédire c’est « trahir ».

Donc on ne pourra être que solidaires de l’attitude de Jann-Marc Rouillan devant ses juges quand il dira encore une fois qu’il ne regrette rien (1), même si on pense avec Régis Schleicher que leur alternative a failli (2), alternative qui n’était pas tout à fait celle de la mouvance « MIL-GAC-Mayo 37 » ; pour ces derniers, le lecteur pourra en juger, leur action n’était point le remplacement d’une « fiction par une autre » (3). S’acoquiner sous la protection des pétitionnaires, « humanistes » ou « sociaux-quelque-chose », nous semble en contradiction avec les déclarations de Jann-Marc Rouillan autant qu’avec les positions prises par une partie des camarades du MIL qui continueront le combat après la chute d’Oriol et Puig Antich (4). On ne peut pas d’un côté refuser la clémence de l’Etat et la demander, à la cantonade ou en sous-main, à ses suppôts politiques. Qui peut ignorer qu’en échange de leur appui les bonnes âmes ne souhaitent qu’obtenir un surplus de publicité pour leurs chapelles politiques autant qu’un dédouanement de leur responsabilité dans le sort de camarades qui luttaient armes à la main ?

(1) Lire « De mémoire », éditions Agone. (2) Régis Schleicher à Libération, 22/10/05. (3) Georges Cipriani, 2004. (4) Lire sur ce site « Victimes de la répression et victimes des "organisateurs de la solidarité" ».