SOMMAIRE | MIL, GAC, Mayo-37 : documents publics | 1971


mercredi 5 décembre 2007

Que vendons-nous ? Rien ! Que voulons-nous ? Tout !
(EPILOGUE DE « REVOLUTION JUSQU’AU BOUT »)

Les signataires du congrès d’autodissolution ont écrit dans leur résolution : « En avril 1970, le MIL développe une critique ouverte contre toutes les lignes réformistes et gauchistes (« LE MOUVEMENT OUVRIER A BARCELONE »). La même année, un travail se développe autour de la critique du léninisme (« LA REVOLUTION JUSQU’AU BOUT » (1)). » […] Ce faisant, alors qu’aucun « congrès » de constitution n’a jamais eu lieu, ils pointent le doigt de manière explicite sur les textes constitutifs de l’activité du groupe. Autant ces textes que « Que vendons-nous ? RIEN. Que voulons-nous ? TOUT ! », élaboré à la suite de la grève de H.W., sont sans aucun doute des textes ayant structuré autant leur activité que tous les autres textes que le groupe politique a signés, que ce soit en tant que MIL ou en tant que Mayo 37. En attendant qu’une traduction complète puisse être faite, il nous semble intéressant de traduire le prologue inédit à « La révolution jusqu’au bout  », écrit par Santi Soler, ainsi que « Que vendons-nous ? RIEN. Que voulons-nous ? TOUT ! ». (1) Edité en 1971.

QUE VENDONS-NOUS ? RIEN. QUE VOULONS-NOUS ? TOUT !

La présente étude n’a pas pour but de vendre de la marchandise altérée à la foire de l’idéologie mais de rendre évidentes des questions fondamentales qui ne peuvent être éludées. Dans la mesure du possible il les a posées comme des questions encore en débat, il a présenté des opinions diverses sur un même problème et a pris position a partir d’une série de raisonnements argumentés. Cependant, le recours à une série d’idées générales extrêmement simples et en interrelation est inévitable. Pour que personne ne puisse dénoncer une duperie, nous allons tenter de résumer en quelques points ces IDEES GENERALES qui président à toute notre étude :

- Nous considérons comme aliénée toute sorte d’activité séparée : la pensée, la culture, l’art, la politique, la vie quotidienne entendue comme « vie privée » séparée de la vie publique, la valeur d’échange, le spectacle de la marchandise, etc.

- Nous considérons que le projet révolutionnaire est la tentative d’extirper à la racine toute sorte d’aliénation, en étant pleinement conscient de ce que l’aliénation et la séparation entre la valeur d’usage et l’appropriation réelle a sa racine la plus profonde dans la chosification, le fétichisme, etc., inhérents au règne de la marchandise. Le Capitalisme est l’apogée du royaume de la marchandise, le degré maximum de la chosification et du fétichisme, l’état suprême de l’aliénation humaine.

- Pour que le projet révolutionnaire ne soit ni dévié ni récupéré par le vieux monde de la marchandise, de la valeur d’échange, de l’aliénation, etc., il doit mettre en adéquation les moyens et la fin qu’il se propose ; ce n’est pas que la fin justifie les moyens, mais que la fin juge, dans la pratique, les moyens. Ceci implique : - Au niveau de la pensée : on ne peut lutter contre l’aliénation avec des formes aliénées (séparées, fétichistes, chosifiées...) ; - Au niveau politique : on ne peut lutter contre le Capitalisme et tout le vieux monde de « l’intérieur » du système ; -Au niveau organisationnel : pour pouvoir réellement parvenir à une étape transitoire vers le communisme, nous devons être le fidèle reflet de l’authentique société communiste, y compris organisationnellement.

-Les conséquences des telles affirmations ne sont pas abstraites mais elles se présentant à nous quotidiennement de manière très concrète. En résumé : - Nous refusons le réformisme, toute tentative de lutter contre le système de l’intérieur du système ; - Nous refusons également tout type de groupuscules, d’avant-gardes, de gauchisme verbal, etc., dans la mesure où ils constituent des formes aliénées et récupérables de lutte contre l’aliénation et le vieux monde ; - Nous refusons de même la constitution de la pensée révolutionnaire en « spécialisation » ou « activité séparée », en clair décalage avec le mouvement ouvrier réel, déconnectée de sa problématique profonde.

- Nous ne proposons pas, dans l’absolu, une position dans laquelle l’apport de l’œuvre de Marx soit un « dogme » ; nous nous limitons à considérer comme étant plus convaincante la réalisation d’une critique de l’Etat, de la marchandise, de l’aliénation, etc., à partir d’une réinterprétation des authentiques positions de Marx et Engels, au lieu des positions anarchistes primaires et inefficaces.

- Nous nous dissocions totalement du Capitalisme d’Etat qui, sous le nom de « socialisme » ou « communisme », détient le pouvoir non seulement des Etats du bloc soviétique sans exception, mais aussi des bureaucraties politico-syndicales occidentales.

- Seul le mouvement international des Conseils ouvriers peut entreprendre la lutte contre l’aliénation sous des formes non aliénées, la lutte contre le système, la mise en place de formes organisationnelles adéquates aux fins proposées.

Telles sont les formulations auxquelles est arrivé le mouvement ouvrier espagnol -et international- à partir des REALITES de ces dernières années :

- Affrontement de la classe ouvrière à la CNS (1), derrière laquelle se cachent ses deux obstacles essentiels pour son émancipation totale : l’Etat et la bourgeoisie.

- Premièrement, les partis et les groupuscules proposèrent ouvertement une tactique totalement invalidée par les faits, celle de l’entrisme dans la CNS ; la classe dut s’affronter aux dirigeants et responsables des partis et groupuscules monopolisant la lutte.

- Ensuite, la classe a situé son affrontement radical avec la CNS, en s’opposant à ceux qui avaient réussi à s’introduire dans la CNS au nom d’une stratégie erronée -l’entrisme- et, en conséquence de cela, a été obligée de s’opposer aux partis et aux groupuscules, au lieu de réduire son opposition aux dirigeants bureaucratiques desdits groupes.

- Proposition de nouvelles formes de lutte de classe, non seulement contre la CNS mais aussi directement contre la bourgeoisie. Les secteurs en pointe de l’industrie sont les plus directement concernés : il ne s’agit pas d’une lutte défensive, mais tout le contraire.

- Le décalage entre les partis et les groupuscules monopolisant la lutte par rapport à la lutte réelle se révèle à nouveau lors des élections syndicales de 1971 : les uns préconisent de nouveau l’entrisme pour maintenir et augmenter les cadres introduits dans la CNS, les autres tentent de proposer la participation aux élections syndicales avec un entrisme plus mystificateur, en essayant de créer un « mouvement de masses » semblable à celui de 1966, sans tenir compte des expériences décisives de lutte contre la CNS et les avancés organisationnelles autonomes de la classe.

- Malgré le développement inégal du Capitalisme espagnol, les nouvelles formes organisationnelles du prolétariat qui apparaissent partout en Espagne convergent spontanément vers une même stratégie de rassemblement : c’est précisément quand tous les organismes centralisateurs et bureaucratiques éclatent, quand ladite convergence réelle naît d’une manière absolument spontanée. Face à ces perspectives de rassemblement souvent spontané de la classe que propose le mouvement autonome, le déplorable spectacle de partis et de groupuscules qui manquent de la vision d’ensemble et qui se limitent a végéter dans un cadre provincial réduit confirme le caractère irréversible du décalage entre les uns et les autres : entre le mouvement ouvrier réel et les prétendues « avant-gardes ».

- Ce décalage, ainsi que cette convergence de perspectives dans les points les plus divers d’Espagne, se situe dans le cadre de l’internationalisation croissante des luttes qu’appelle de manière répétée la classe ouvrière espagnole.

- L’invalidation des vieux schémas, le niveau facilement constatable de démystification croissant du mouvement ouvrier réel en Espagne, de nos conditions concrètes de lutte aujourd’hui, pose l’exigence de nouvelles formulations concernant sa stratégie, ses tâches immédiates et la renaissance de la pensée révolutionnaire.

C’est dans le cadre général de cette rénovation radicale, autant de la pensée révolutionnaire que du mouvement ouvrier lui-même, et à l’intérieur de la récente renaissance de la pensée communiste après l’étape aride du bolchevisme-stalinisme, que se situe notre étude qui pose des exigences minimales quant à l’activité révolutionnaire :

1.- IL N’Y A D’ACTES REVOLUTIONNAIRES QUE DANS LA MESURE OU ILS S’ENVISAGENT DANS LE CONTEXTE D’UNE REVOLUTION TOTALE : CELLE DU COMMUNISME.

2.- L’AUTHENTIQUE REVOLUTION DOIT S’ENVISAGER COMME UNE LUTTE INTERNATIONALE. 3.- LA LUTTE DE CLASSES TEND A DES FORMES AUTONOMES QUI S’INTEGRENT DANS LE MOUVEMENT INTERNATIONAL DES CONSEILS OUVRIERS.

4.- L’AUTHENTIQUE PENSÉE COMMUNISTE A ETE PENDANT LONGTEMPS EMPRISONNEE ET FALSIFIEE. LA RENOVATION DE LA PENSEE COMMUNISTE IMPLIQUE UNE RENOVATION DE LA PRAXIS. LE COMMUNISME EST DANS LA VIE...

5.- FACE AUX ORGANISATIONS SEPAREES-ALIENEES DE LA LUTTE DE CLASSES, LE PROLETARIAT A BESOIN DE METTRE SUR PIED L’ORGANISATION REVOLUTIONAIRE DE LA CLASSE QUE LUI PERMETTRA DE REALISER L’APPROPRIATION DE SA PROPRE LUTTE DE CLASSE

(1) CNS : syndicat franquiste.


QUE VENDONS-NOUS ? RIEN. QUE VOULONS-NOUS ? TOUT !