SOMMAIRE | MIL, GAC, Mayo-37 : documents publics | 1973


dimanche 14 octobre 2007

Aux 50 ans de la FAI
CIA n°1

APPARITION DE LA FAI :

1922.- Après une phase de grandes luttes ouvrières et d’escalade répressive de la part de la bourgeoisie, la nécessité d’une organisation anarchiste puissante se fit sentir ; dans l’hebdomadaire « Crisol », le groupe des « Solidarios » (Durruti, Jover, Ascaso, Garcia Oliver) fixèrent comme exigences du moment : 1. faire face au « pistolérisme » du patronat 2. maintenir les structures syndicales de la CNT 3. mettre en place une fédération anarchiste qui réunisse en son sein tous les groupes idéologiquement proches, éparpillés dans la péninsule

1922.- Congrès anarchiste de Catalogne et des Baléares, convoqué par le groupe des « Solidarios » ; au cours de celui-ci, une commission régionale des relations anarchistes est créée, qui constituera ce qui sera quelques années plus tard la FAI.

Octobre 1923.- Dictature du général Primo de Rivera ; l’UGT fait partie du nouveau gouvernement, tandis que la CNT en est réduite à la clandestinité, particulièrement à partir de 1924.

1926.- L’hebdomadaire anarchiste « El productor » (Blanes) lance la publication d’articles autour de la question de la nécessaire « organisation anarchiste ».

1926.- De la même manière, les noyaux anarchistes éparpillés en France commencent à se regrouper au cours d’un congrès au cours duquel est créée la « Fédération Anarchiste des Espagnols en exil », qui participera à la fondation de la FAI.

Juillet 1927.- Congrès National des groupes anarchistes à Valence (El Cabañal) avec des délégués de toute l’Espagne, du groupe en exil et des anarchistes portugais : création de la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI).

RAISON D’ETRE DE LA FAI

Comme l’écrit Peirats, la raison d’être de la FAI, comme cela est exprimé dans son premier texte publié (un Manifeste daté de décembre 1929), est « d’encourager la révolution, veiller par-dessus tout sur le Mouvement Libertaire Espagnol pour éviter le risque de déviationnisme déjà présent dans l’esprit de certains leaders de la CNT en ces dernières années de Dictature ».

La FAI reste structurée en groupes « affinitaires » qui se coordonnent par le biais de « fédérations locales », « fédérations régionales », et d’un « Comité Péninsulaire ».

La FAI est une organisation née dans la clandestinité la plus totale, non seulement en raison des circonstances dans lesquelles elle apparaît, mais aussi en raison des objectifs qu’elle se fixe : 1. Renforcer la CNT et protéger sa caractéristique de force révolutionnaire face à toute déviation tendant à la limiter au simple syndicalisme réformiste (tendance « trentiste ») ; 2. Mener cette immense force à l’insurrection (l’histoire de la FAI est certainement l’histoire de la préparation permanente de l’insurrection, que ce soit contre la Dictature, contre la monarchie, contre la république bourgeoise, contre le Front Populaire, etc.) ; 3. Maintenir présent dans toutes les luttes l’objectif final, l’instauration du Communisme Libertaire.

La FAI est donc en même temps la garantie de la pureté idéologique du mouvement libertaire espagnol et celle de son efficacité dans la pratique révolutionnaire.

ROLE HISTORIQUE DE LA FAI

L’exemple historique donné par la FAI est une démonstration rarement dépassée de fermeté et de volonté révolutionnaires.

Nous avons déjà vu comment le mouvement libertaire espagnol n’a pu être anéanti par la répression et le passage dans la clandestinité, mais qu’au contraire il a profité de cette circonstance pour se radicaliser et se doter d’un nouvel instrument – la FAI – capable de poursuivre de manière inflexible et sans concessions la lutte révolutionnaire.

Après la chute de la Dictature, de nombreuses actions, attentats, grèves générales de caractère ouvertement insurrectionnel furent menés, de même que des rébellions locales proclamant la république, etc. Ainsi, avec l’arrivée de la république, la lutte non seulement ne faiblit pas, mais gagna en ampleur et en radicalisme :

1931 : grandes grèves insurrectionnelles,

1932 : grandes grèves, proclamation du communisme libertaire dans diverses localités catalanes,

1933 : grève insurrectionnelle de la CNT-FAI au niveau de toute l’Espagne, la CNT énonce et pratique le slogan « Face aux urnes, la révolution sociale », mouvement révolutionnaire de la CNT-FAI particulièrement important en Aragon,

1934 : insurrection générale, particulièrement dans les Asturies,

1935 : proclamation du communisme libertaire à VILLA VICIOSA.

1936 : en mai, le congrès Extraordinaire de la CNT (réuni à Saragosse) approuve une motion sur le communisme libertaire et établit un plan révolutionnaire pour la campagne. En juillet, la CNT-FAI prend les armes et la tête de la lutte contre le soulèvement militaire franquiste.

Ainsi commence une étape de grandes réalisations et de luttes de collectivisations et d’expériences pratiques du communisme libertaire, particulièrement en Aragon et en Catalogne ; la CNT-FAI forme des milices et organise l’économie, menant en parallèle la guerre et la révolution ; il faut souligner les réalisations du Conseil d’Aragon et de la colonne DURRUTI.

DANS LE PIEGE DE L’ANTIFASCISME BOURGEOIS

Avec la prolongation de la guerre, le mouvement libertaire espagnol s’est affronté en même temps à la contre-révolution franquiste et à la contre-révolution des défenseurs du caractère bourgeois de la république espagnole :
- face à la menace du soulèvement des militaires en juillet 36, la république refusa de fournir des armes aux milices de la CNT-FAI, qui s’armèrent essentiellement avec les armes prises à l’ennemi pendant les journée de juillet,
- tant la Generalidad de Barcelone que le gouvernement de Madrid continuèrent à préférer donner des armes à des militaires et des troupes d’assaut qu’aux milices anarchistes, qui ont dû les prendre grâce à leurs propres moyens,
- les responsables dirigeants de la CNT et de la FAI tombèrent dans le piège du gouvernement bourgeois, prenant part au Front Populaire et réduisant leurs positions insurrectionnelles des années 30 à des positions modérées, au nom du renforcement de « l’unité antifasciste », en dépit des exigences de la base de la CNT-FAI.
- Cette situation culmine avec les journées de mai 1937, au cours desquelles les ouvriers catalans (CNT-FAI, POUM, « Amis de Durruti »…) défendent leurs conquêtes contre le gouvernement bourgeois républicain qui essaye de se les approprier et ils découvrent que les hommes de la FAI, qui participent au dit gouvernement bourgeois, s’alignent de l’autre côté des barricades « pour empêcher de plus grands maux », les menaçant de livrer les armes.
- A partir de ce moment-là, il existe une position officielle de la FAI (qui participe au gouvernement, qui approuve la dissolution du Conseil d’Aragon, etc.) et une position de la base de la FAI, qui est incarcérée dans les prisons du dit Gouvernement, qui participait au dit Conseil d’Aragon, etc.
- Cette situation se prolonge pendant l’après-guerre : d’un côté, l’activité officielle de la CNT-FAI participant à des alliances stériles de forces antifascistes espagnoles et cherchant les soutiens des démocraties bourgeoises, et d’un autre côté, l’activité de résistance entreprise à l’intérieur de l’Espagne par ses meilleurs combattants, en marge du contrôle des dirigeants de la CNT-FAI et parfois en étant récusés par ceux-ci…

LA SITUATION ACTUELLE

De nos jours, l’organisation formelle de la CNT-FAI n’est plus que fantasmes, une ombre de ce qu’elle fut en son temps ; fantasme efficace dont le nom terrorise encore la bourgeoisie qui se souvient de la révolution, mais incapable de mener à bien les tâches indispensables pour l’avancée de la lutte révolutionnaire actuelle.

A l’inverse, les tâches qu’exigeaient la création le FAI il y a presque un demi-siècle, restent complètement d’actualité au regard de la situation présente :
- Situation de clandestinité et de faiblesse organisationnelle du mouvement ouvrier, soumis à la répression de l’Etat et du patronat,
- Danger de déviationnisme présent dans certains secteurs du mouvement ouvrier qui se contentent d’une perspective réformiste oubliant les exigences révolutionnaires,
- Nécessité d’unifier les tendances anti-autoritaires les plus radicales du mouvement ouvrier, pour amener la lutte au seuil de l’insurrection.

Aujourd’hui, comme il y a 50 ans, se pose de nouveau le problème de l’organisation capable de garantir le radicalisme du mouvement révolutionnaire et sa force pratique :
- D’un côté, les organisations qui se réclament de l’anarchisme en Espagne ne se posent cette question que partiellement, se contentant de maintenir de vieilles structures ou de faire apparaître des groupes libertaires en marge de la lutte (par exemple, des groupes étudiants plus ou moins folkloriques, groupes intellectuels, pacifistes…).
- D’un autre côté, les tendances anti-autoritaires au sein du mouvement ouvrier font partie d’organisations radicales plus larges et se trouvent en permanence face au dilemme, soit de gagner en homogénéité au risque de devenir des groupuscules fermés et réduits, soit d’élargir au maximum l’unité d’action et la possibilité de généraliser les luttes au risque d’avancer plus lentement dans leurs approches.

L’exemple de la fondation de la FAI doit amener à se poser la question de l’organisation en ces termes :
- Le mouvement ouvrier doit renforcer son organisation, intensifier ses luttes et apprendre et incorporer dans ses luttes la VIOLENCE REVOLUTIONNAIRE,
- Les groupes d’avant-garde peuvent se donner la forme de groupes d’action coordonnés mais autonomes et fixer par le biais de leur activité des objectifs plus avancés que ceux qu’un large mouvement de masses peut entreprendre,
- Ces groupes d’action ne peuvent se constituer en parti ni en direction du mouvement ouvrier, mais être l’avant-garde dans les faits, dans la pratique, dans le soutien concret apporté aux luttes,
- Ils ne peuvent être éloignés ou extérieurs à la classe ouvrière mais doivent faire partie d’elle,
- Seul tout le mouvement de la classe ouvrière peut réaliser les objectifs révolutionnaires ; une organisation d’avant-garde ne peut être réellement efficace et positive que si elle abandonne toute prétention à s’y substituer, et fait sienne dans la pratique la règle selon laquelle L’EMANCIPATION DES TRAVAILEURS SERA L’ŒUVRE DES TRAVAILLEURS EUX-MEMES.

Tel est le sens actuel des enseignements de la Fédération Anarchiste Ibérique.

[…]


aux 50eme anniversaire de la FAI

Article en Español