SOMMAIRE | Bibliographie et cinématographie


vendredi 22 juin 2007

"MIL, mémoires de rebelles", par J.C.Duhourcq & A.Madrigal
Edité par le C.R.A.S. : BP 51026 - 31010 Toulouse cedex 6 – Prix : 22€

Avant propos de éditeurs

Au départ, en 1995 nous voulions publier El MIL y Puig Antich d’Antonio Tellez Solà, édité en Espagne par Virus pour le vingtième anniversaire de l’exécution de Salvador Puig Antich. La raison était toute simple. Très peu de documents consacrés au Movimiento Iberico de Liberaciòn, étaient sortis de ce côté des Pyrénées, si ce n’est quelques articles dans la presse militante et 1000 - Histoire désordonnée du MIL. de Cortade qui a sorti de l’oubli cette histoire et publié les textes importants. Ce livre, réédité en 2005, est le travail le plus abouti sur le sujet mais il partage essentiellement la vision d’un membre de l’ex-MIL. Le livre d’Antonio amenait un autre regard et il était l’occasion de (re)parler de l’action de ce groupe qui se traduisait par une volonté d’amener un soutien concret aux luttes ouvrières et de publier des analyses sur ces dernières et des textes oubliés de la gauche communiste européenne en rupture avec le marxisme léninisme et le stalinisme … dans un pays où le simple fait d’écrire un tract ou d’assister à une réunion pouvait vous conduire en prison pour un bout de temps.

Une fois les traductions faites, nous sommes allés voir Antonio pour discuter des rectifications nécessaires mais il ne souhaitait pas retravailler le contenu de son livre… Ainsi l’idée de tout reprendre à zéro a germé. Lassés de râler ou de hausser simplement les épaules en voyant des erreurs, des approximations et parfois des falsifications au fil des autres lectures, nous voulions apporter notre contribution. Cette envie de continuer est aussi mue, par une vieille implication dans la solidarité aux emprisonnés de l’ex-MIL au cours de l’année 1974, par le suicide d’un ami, Cricri, qui a été membre du MIL. Et par une affection toute particulière qu’ont les fils de réfugiés espagnols et d’autres pour l’Espagne, pour cette Espagne qui osa vivre ses rêves en noir et rouge.

L’histoire du MIL fait voler en éclat ce cliché de groupe antifranquiste, cliché consensuel et réducteur qui lui colle au cul depuis les arrestations de septembre 1973 et surtout depuis l’exécution de Salvador Puig Antich le 2 mars 1974. Malgré les efforts de certains groupes pour briser le silence et dire la vérité lors de la campagne de solidarité, il sera souvent présenté comme un martyr de la lutte contre la dictature ou comme un révolté qui paye de sa vie ses idées romantiques de révolution.

Avant d’être un groupe d’antifranquistes, le MIL est contre l’ordre établi, contre le capital. Et s’il s’inscrit dans la tradition libertaire des guérilleros, sa démarche et ses idées sont autres. Les critiques vis-à-vis des organisations anarcho-syndicalistes (FAI, CNT, etc) et son refus d’être apparenté à une structure existante, fut-elle libertaire, en témoignent.

Et manière d’enfoncer le clou, le MIL tranche avec les organisations de lutte armée, écornant l’image d’Epinal du groupe politico-militaire avec ses théoriciens qui réfléchissent, donnant les axes du combat et ceux qui utilisent les armes, commettant les hold-up. Au sein du groupe, cette conception des tâches n’a pas existé, rien n’était attribué d’office, cela se faisait par affinité… et dans la pratique.

Nous nous sommes intéressés davantage au vécu des membres du MIL et à leur démarche qu’à l’aspect purement politique parce que l’histoire même du MIL avec ce désir farouche de se construire en hommes libres, est bien plus éloquente que la plupart de leurs professions de foi et des analyses critiques faites sur lui.

La grande question que certains courants radicaux n’ont pas arrêté de se poser était de savoir si le MIL est un groupe révolutionnaire. L’est-il parce que ses membres parlent du grand soir ? Parce qu’ils font référence à des théories qui prônent la sociale ? Pour peu que l’on sache manier le verbe et un zeste de mauvaise foi, on peut arriver aux conclusions que l’on veut mais, finalement, pinailler pour savoir si le MIL est conforme ou non à cette idée ou réduire son action à cette seule problématique est rester en de ça de la question. Les membres du MIL ne se sont pas battus au nom d’une vengeance idéologique ou pour appliquer la théorie du prolétariat et attendre que ce dernier se mette en marche, mais parce qu’ils voulaient vivre. Fruit de son époque, une époque où le grand soir semblait poindre à l’horizon, le MIL a utilisé les mots du moment qui exprimaient au mieux sa démarche, se réappropriant pour se faire les idées les plus radicales.

De plus, rester exclusivement sur le terrain de la théorie serait considérer qu’il n’y a qu’une approche « vraie » de voir l’histoire…

Derrière la lutte armée et les éditions, c’est aussi une aventure humaine où l’amitié va au delà du politique,. Comment comprendre que des individus, développant des idées de l’ultra gauche, puissent se lier et participer à une agitation armée alors que courant communiste a toujours été très critique sur cette pratique ? La lutte contre la dictature n’explique pas tout.

Certes, en collant à leurs paroles, le risque est grand de réduire l’histoire du groupe à celle de ses membres et de décomposer la dynamique générale présentant le MIL comme un ensemble d’individus faisant des choses différentes, pour des raisons différentes. Sans parler de la fragilité des témoignages, a fortiori des années après. Mais en donnant une approche globale, le risque est aussi grand de donner une cohérence, une unité à un groupe, avec une pratique et des buts bien définis.

En même temps que les acteurs forgent le MIL, ils apprennent à vivre en rupture avec le mode de vie dominant. C’est l’apprentissage du combat politique et de la clandestinité avec son lot de certitudes, de questions, avec ses moments de joie et ses dangers. La plupart ont autour de vingt ans. Et, non sans une pointe d’humour, on peut dire que l’histoire du MIL-GAC ressemble parfois à une aventure des Freak Brothers.

Ecrire une histoire collective se fait à partir de plusieurs voix. Nous avons donc essayé de retrouver ceux qui ont participé de près et de loin à cette histoire : on en connaissait quelques-uns, certains sont décédés et d’autres n’ont pas voulu répondre. Quant à ceux qui ont voulu le faire, nous les avons rencontrés ou nous avons correspondu avec eux.

Sauf indication, le livre repose sur les entretiens commencés en 1995, entrecoupés par diverses chronologies et des textes écrits par eux dans le feu de l’action. Les dates sont autant de repères autour desquels s’organise un va et vient entre l’histoire et leur vécu. Notre rôle a été de sélectionner les passages pour éviter les répétitions et de recouper les informations dans la mesure du possible en rajoutant des notes pour une meilleure compréhension.

A l’image de l’histoire, le livre se présente parfois comme un puzzle dont les pièces ne s’imbriquent pas toujours mais il donne par la même occasion une vision de sa complexité.

Difficile de dire, par exemple, quand apparaît le MIL. Il n’y a pas eu de proclamation ou d’assemblée réunissant tous les protagonistes pour fonder l’organisation. Est-ce quand est éditée la brochure, El movimiento obrero en Barcelona ? Quand l’idée germe dans la tête d’Oriol Sole Sugranyes ? Quand une bande de potes discutent dans un appartement à Toulouse ? Quand les média se mettent à en parler ? Quand ils exproprient leur première banque ? Quand ils revendiquent les hold-up ? La réponse varie selon les acteurs mais sa création est étroitement liée à l’émergence d’un mouvement ouvrier radical à Barcelone à la fin des années 1960.

Tout comme pour cette valse d’étiquettes (ET, EO, EE, 1000, MIL, MIL-GAL, Bibliothèque ou Mayo 37) qui peut aussi nous donner le tournis mais ces tâtonnements sont surtout les fruits d’une pratique et d’une réflexion qu’implique la formation du MIL

Pour coucher cette histoire à plusieurs facettes sur le papier, il était difficile de le faire chronologiquement, mêlant de front les trois équipes car chacune a une « vie propre » même si les individus ont des contacts entre eux et que les clivages ou les différents ne sont pas toujours entre les équipes. Nous devions faire un choix. Nous avons donc opté de prendre comme fil conducteur les parcours d’éléments déterminants dans l’histoire du MIL, ceux de Santi Soler Amigo et d’Oriol Sole Sugranyes. Et, à partir du premier la trajectoire de l’Equipe Théorique et des différentes Equipes Ouvrières. Et du second, celle de l’Equipe Extérieure.

Une partie importante est consacrée à cette dernière. En effet, d’une part, certains membres n’avaient jamais eu l’occasion de témoigner et de donner leur point de vue sur ce qu’ils ont vécu et, d’autre part, des événements de l’histoire de l’EE jusqu’au MIL/GAC ont été occultés ou minimisés. L’action du MIL se passe des deux côtés des Pyrénées. Et si Barcelone reste leur terrain de prédilection, Toulouse joue un rôle non négligeable, il n’y a pas que des Catalans au sein du MIL. Tout comme cette équipe n’était pas le bras armé du MIL.

Dans la dernière partie sont relatés l’autodissolution, les arrestations, la solidarité, les procès, la mort de Salvador Puig Antich, et celle d’Oriol Sole Sugranyes.


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