SOMMAIRE | Correspondances


dimanche 11 novembre 2007

Correspondances avec la Vieille Taupe - 1970/71

Des lettres, ainsi que des brouillons, écrits parfois en français, parfois en castillan, se trouvent dans la partie du site dédiée au castillan : cliquez ici pour y accéder.

Voici l’opinion de Sergi Rosés sur la correspondance avec la Vieille Taupe. Au moment où Sergi Rosés avait redigé son étude sur le MIL il ignorait l’existence de la lettre de la Vieille Taupe datée d’octobre 1973. Ceci n’enlève rien à la pertinence des propos de Sergi Rosés.

"Les contacts avec La Vieille Taupe, qui inspiraient si peu d’intérêt aux personnes qui constituaient les GOA, dans cette conjoncture, stimulent un peu plus l’ET, spécialement Santi Soler, dans la clarification théorique. De fait, nous nous retrouvons à partir de là avec l’un des éléments les plus importants qui puissent nous aider à comprendre la pensée politique du MIL-GAC, pensée tout à fait originale dans l’Espagne de cette époque.

A partir du premier contact avec La Vieille Taupe le 10 août 1970, la relation entre les deux membres du binôme ET-La Vielle Taupe ne cesse de s’affirmer, surtout avec la correspondance qui commence en septembre 1970 et qui s’accélère à partir de la fin de la grève de la Harry Walker. Dans cette correspondance, à laquelle s’ajoute l’envoi d’exemplaires de Cahiers Spartacus, Informations Correspondance Ouvrières, Invariance ou Socialisme ou Barbarie, ils tentent de clarifier, d’un côté, les positions théoriques qui se traduisent par un rapprochement presque total de Santi Soler avec les positions de Barrot, sauf, comme nous l’avons déjà signalé, sur le thème de l’organisation, sur lequel ce dernier avance encore la nécessité d’un parti, et critique la mythification de la forme « conseil », quand Santi Soler acceptera que les conseils soient seulement révolutionnaires dans la mesure où leur contenu est communiste, mais il continuera à rejeter la « groupusculisation ». D’un autre côté, une collaboration politique s’établit, qui semble échouer après un voyage de Santi Soler à Paris à la fin d’octobre 1971, sans que cela ne signifie, cependant, une quelconque rupture des relations ou de la communion d’idée.

La lecture de cette correspondance, même fragmentée, pourrait servir à elle seule à démonter quelques-uns des mythes qui ont été créés autour du MIL. Dans la première lettre reçue de La Vielle Taupe, les termes de la discussion sont posés, en réponse à l’envoi de Marxisme dans les années 70, première version du Mamotreto, finalement intitulé Révolution jusqu’au bout : « Nous voudrions entamer des discussions théoriques de manière sérieuse et continue. (…) Dans cette lettre vous trouverez notre opinion sur les points les plus importants et nous essayerons de vous livrer des analyses rapides et simples quant aux idées sur lesquelles nous ne sommes pas d’accords. Il est clair que, pour l’essentiel, nous pensons de la même manière ». Leur objectif est clair, coïncidant avec le groupe de Barcelone, et il est exprimé dans une lettre postérieure de Barrot : « « Naturellement nous serions heureux de poursuivre la discussion sous la forme qu’il vous plaira de choisir, et éventuellement par une rencontre. Pour nous l’essentiel est la question du programme communiste : comment la révolution communiste détruira l’échange, la valeur, le salariat ».

La réponse de groupe de Barcelone se fera le 15 mars 1971, dans une lettre qui nécessita au moins trois brouillons ; l’identification avec « La Vieille Taupe » est tellement grande que, dans ces brouillons, Santi Soler signera, et cela ne sera pas la seule fois, « les nouvelles taupes ». Dans cette réponse, dans laquelle est mis l’accent sur l’intérêt de maintenir des discussions théoriques « de manière sérieuse et continue », mais seulement si celles-ci s’insèrent dans une pratique réelle, Santi Soler informe de nouveau les membres de la librairie de la mise en route du projet d’élaboration du texte théorique sous le titre provisoire de Marxisme années 70, dans lequel se trouvent tant les coordonnées politiques du marxisme révolutionnaire dans lequel le groupe évolue, que l’importance qu’ils donnent à l’orientation politique de La Vieille Taupe. Cette clarification théorique fera, par exemple, que « les nouvelles taupes » éliminent de leur vocabulaire, sous l’insistance des « vieilles taupes », le concept « d’autogestion », arrêtent de caractériser l’URSS en tant que « mode de production bureaucratique » pour la considérer comme une forme de capitalisme, et approfondissent la notion théorique des conseils ouvriers, dont l’aspect révolutionnaire n’existe que s’ils constituent une phase transitoire (dictature du prolétariat) pour passer au communisme. Dans la lettre, il est aussi fait allusion à l’un des principaux projets de l’ET, la constitution d’une bibliothèque, en insistant sur le fait que « il ne s’agit pas seulement de notre propre formation politique, d’essayer de dépasser certaines positions, etc. ; nous tentons de mettre en route une série de publications, une bibliothèque socialiste », pour laquelle l’avis des compagnons parisiens est souhaité, du fait de leur double-condition de participants à la lutte et de libraires ; et des membres de la librairie sont conviés à Barcelone.

Ainsi donc, en avril 1971, comme nous l’avons déjà signalé, un membre de La Vieille taupe se déplace à Barcelone et les discussions et clarifications se poursuivent. Ensuite, la correspondance continue ; au motif de la rupture avec « l’EO » et en vue d’une réédition de Révolution jusqu’au bout, le groupe de Barcelone s’adresse à La Vieille Taupe en ces termes :

« C’est-à-dire, nous ne voulons pas éviter des critiques mais bien au contraire : nous aimerions spécialement de centrer la critique politique dans la tentative de résumé des 3 dernières pages plutôt, nous attendons aussi d’autre sorte de critiques, et nous souhaiterions que vous nous indiquez aussi quelles questions trouvez-vous manquer et aussi quelles sont tout à fait superflues, élémentaires (ou pire ?). Nous sommes bien conscients que la genèse de ce texte est à l’origine de toute sorte de défauts formels, de quelque dispersion, de la manque d’une ligne assez forte pour unifier et marquer plus le texte, mais que cette genèse permet de situer les questions et les expliquer plutôt qu’à fermer la porte à la critique en justifiant tout ça. Nous tenons à nous identifier au texte, à sa circonstance, et à ses leit-motivs les plus ressortissants, parce que c’est ça la base de posterieurs débats, apports, etc., mais ça ne veut pas dire que nous rejetons toute la forme ni toute sorte de vulgarisation ; nous croyons qu’il y a des choses très réussies dans des champs moins centrals, aussi ; nous ne voulons pas laisser de côté ou cacher de possibles erreurs, réussites, discrepances ou quoi que ce soit. Bref : si nous projetions de faire une deuxième édition arrangée, devrait-elle avoir beaucoup de modifications substantielles à votre avis, et si oui, dans quel sens ? »

En contraste avec le climat politique de « l’opposition officielle », qui fondera le 7 novembre le front populiste « Assemblea de Catalunya », dans lequel un oncle des frères Solé Sugranyes, Felip Solé i Sabarís, a un rôle important, la préoccupation révolutionnaire des membres du MIL projette un autre type d’action politique. Un voyage de membres de l’ET à Paris est programmé pour la fin octobre, pour continuer et approfondir différents thèmes de discussions théoriques et politiques, mais aussi pour parvenir à des résultats pratiques. Au programme, trois points principaux, deux théoriques et un pratique : la conjoncture révolutionnaire (le moment actuel de la révolution mondiale, au niveau global et par zones géographiques), des points de théorie (qu’est-ce que l’on entend par révolution), et le rôle politique de l’ET et du 1000 en tant que « révolutionnaires séparés », du fait que les liens avec le mouvement ouvrier continuaient à être faibles depuis avril. Santi Soler, cependant, a développé un nombre important de critiques, centrées tant sur le plan théorique (« il y a des contradictions dans les derniers textes : savent-ils s’ils sont ou non séparés, s’ils sont ou non dirigistes, s’ils sont marxistes ou utopistes, s’ils sont anti-léninistes ou s’ils ont seulement des réticences ? »), que pratique (« Ne serait-ce pas qu’ils ne sont pas révolutionnaires mais avant tout libraires ? »). Un chemin propre aux révolutionnaires de Barcelone commençait à s’entrevoir, dans le sens où ils étaient plus intéressés dans la pratique politique et dans la connexion avec le mouvement ouvrier que les membres de La Vieille Taupe, dont l’activité pratique se limitait presque exclusivement à son travail de diffusion de littérature à la librairie et qui se dédiait principalement à la discussion et à la théorisation.

La réunion, qui eut lieu à Paris du 25 au 27 octobre et à laquelle seul Santi Soler participa du côté barcelonais, traita des thèmes initialement prévus, ainsi que d’autres qui furent ajoutés par la suite ; parmi eux, clarifier les relations mutuelles (« le but du contact était de combler le très grand vide que l’abandon des relations avait créé ») et une tentative de discussion sur le texte Révolution jusqu’au bout que Santi Soler avait tenté de lancer et qui rencontra l’indifférence des « vieilles taupes », qui le considérèrent comme un « pot-pourri / plate-forme » (« ils ne voient aucun intérêt à discuter théoriquement de Mamotreto (…).

Le ton est distant et supérieur : ils ne l’ont pas lu »). Le résultat sur les relations mutuelles est également négatif, car, occultées par une entente générale, elles ne sont pas approfondies : « à propos des relations, ils estiment superflu de parler de la construction de bases minimums de rien ou de discuter de cela : ils pensent qu’il est évident que nous nous entraidions parce que, tant eux que nous, nous sommes tous membres du parti communiste international ». Pour l’ET ce n’est pas assez : face à son isolement et ses perspectives de nécessité d’une attitude politique, la position excessivement littéraire de La Vieille Taupe est insuffisante ; la réunion, par conséquent, semble en finir avec les relations politiques, bien qu’il soit proposé de poursuivre les contacts, surtout écrits, pour avoir un contraste d’opinions qui servirait non seulement à chercher une ligne théorique mais aussi des suggestions, et pour assurer l’échange de documentation et l’approvisionnement de matériel littéraire65. Malgré ce refroidissement des relations politiques, les contacts avec Barrot (la librairie La Vieille Taupe ferme en décembre 1972) continueront pendant toute cette période, et en 1972-73, ils retrouveront leur sens originel d’orientation politique, jusqu’à la dernière réunion avec Barrot qui eut lieu pendant le congrès d’autodissolution d’août 1973 de la part de plusieurs membres du MIL-GAC."


carta "sep1970"
carta 18 mai 1971
brouillon 1mai1971
de Barrot a Montes
Lettre à la V.T (27-X-71)
brouillon de lettre à la V.T.(15-X-71)