SOMMAIRE | MIL, GAC, Mayo-37 : documents publics | 1973


mardi 27 novembre 2007

Congrès 1973 : autodissolution de l’organisation politico-militaire dite MIL

Sans congrès de constitution, les militants présents et signataires de l’autodissolution font remonter "le MIL" aux années 1970 ; ces mêmes militants soulignent la ligne primordiale des théories qui donnent sens à leur pratique révolutionnaire : 1° critique du réformisme et du gauchisme 2° critique du léninisme Le texte de résolution de ce congrès, publié dans le numéro 2 de CIA, est ici retranscrit intégralement (également en PDF).

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Congrès 1973 : autodissolution de l’organisation politico-militaire dite MIL

Après l’échec de la révolution internationale de 1848 et à partir de l’idéologisation de sa théorie, il était prévu pour la fin du siècle l’impossibilité du système capitaliste à se reproduire.

En accord avec cette théorie, les organes souverains de la lutte de classes et de la révolution socialiste étaient deux :
- Les syndicats réformistes ;
- Les partis réformistes aux ordres desdits syndicats et appliquant en leur nom une pratique politique de participation au Parlement bourgeois.

Mais, en réalité, le réformisme (partis et syndicats) servit seulement à renforcer la perpétuation du système.

Au début du siècle, on put constater que le capital se reproduisait - contrairement à la prévision des théoriciens du mouvement ouvrier - et que, par conséquent :
- Le réformisme était totalement incapable d’éliminer le système de Capital par le seul biais de la dynamique du problème de sa reproduction (crises du système capitaliste : Belgique 1904, Russie 1905, Belgique 1906, théorisation de la grève sauvage par la gauche allemande, éclatement de la guerre impérialiste 1914-1918, Russie 1917, Allemagne 1918-1919, Hongrie 1919, Italie 1920, fascismes, crise de 1929, etc.).
- Il était donc clair que ni les partis parlementaires ni les syndicats réformistes n’étaient les organes de la révolution sociale, mais bien plutôt ceux de la contre-révolution du Capital (Allemagne 1919, Hongrie 1919, Russie 1921, etc.).

La révolution socialiste est freinée seulement par des partis parlementaires et des syndicats réformistes, et en plus se voit imposée -avec ou sans reproduction du Capital- une pratique antiréformiste, c’est-à-dire, partisane dans sa pratique de l’antiparlementarisme et de l’organisation de classe (syndicalisme révolutionnaire, barricades, terrorisme, conseils ouvriers, etc.).

Après les conséquences ultimes de la crise mondiale (fascismes, krach de 1929, guerre inter-impérialiste 1939-1945, reconstruction des [sic] après-guerre, rendant ainsi possible une nouvelle reconstruction du Capital en des temps aussi critiques jusqu’à la crise suivante de la reproduction du Capital, etc.), après avoir vu les objectifs de la lutte anticapitaliste limités uniquement à ceux de la lutte antifasciste, se posait à nouveau non seulement la nécessité urgente de l’antiparlementarisme et de l’organisation de classe, mais aussi celle de passer ainsi des objectifs purement antifascistes aux objectifs du Mouvement Communiste qui, dans sa phase de flux, est la révolution Internationale.

Pour cela, nous pouvons dire que depuis la moitié des années soixante la Révolution Mondiale s’impose. Nous voyons cette résurgence révolutionnaire :
- Mai 68 en France et les grandes et importantes grèves en Italie 69 dans lesquelles les syndicats furent dépassés ;
- En Belgique, les mineurs du Limbourg 69 attaquent violemment les Syndicats au cours d’une grève sans précédent ;
- La vague de grèves en Pologne 70-71, durant laquelle les bureaucrates du Parti communiste sont jugés et pendus ;
- Paris 71 : importantes grèves ouvrières à Renault et expropriations au Quartier latin ;
- Mutineries dans de nombreuses prisons aux USA, en Italie et en France (72-73), et grève de mineurs et de dockers s’affrontant aux puissants syndicats anglais, et révoltes généralisées, ghettos des USA, Japon, etc.

Pendant ce temps, d’innombrables grèves sauvages surgirent en Europe et en Amérique, gagnant tous les points du globe. Au niveau mondial, les manifestations de la réapparition du prolétariat sur la scène de la violence de classe sont considérables (absentéisme dans les entreprises, sabotage du procès de production, etc.).

En Espagne, les grèves sauvages et les manifestations de rébellion latente ont été ressenties dans toute leur force. Depuis la destruction physique et morale du prolétariat espagnol par le Capitalisme international lors de la guerre civile (1936-1939), la combativité ouvrière [n’]avait [pas] atteint des niveaux aussi élevés :

- 62-65 : Création de Commissions Ouvrières [CC.OO.] à partir de grèves sauvages dans les mines des Asturies, attaque du commissariat de Mieres, grève dans les transports et la métallurgie de Barcelone, etc.

- 66-68 : Entrisme de tous les partis et organisations traditionnels dans les Commissions Ouvrières, ainsi que tentative de s’introduire dans la CNS à partir d’elles et d’implanter une ligne réformiste au sein des CC.OO.

- 68-70 : le Mai français et l’automne chaud italien, avec tous leurs fruits groupusculaires, font leur entrée dans le mouvement ouvrier espagnol avec le confusionnisme idéologique, en en tirant les bénéfices. Disputes bureaucratiques au sein des CC.OO., scissions groupusculaires, etc.

- 70-73 : Grandes luttes prolétaires dans toute l’Espagne : Erandio, Grenade, Harry-Walker, SEAT, Ferrol, Vigo, Vallès, San Adrián del Besós, Navarre, etc., où –sciamment [sic]- est rejeté tout contrôle hiérarchique de la lutte, cela se concrétisant par le brûlage de tracts, l’expulsion de militants groupusculaires dans les Assemblées ouvrières et la violence généralisée, etc.

Le MIL est le produit de l’histoire de la lutte de classes de ces dernières années. Son apparition est liée aux grandes luttes prolétaires démystificatrices des bureaucraties -réformistes ou groupusculaires- qui voulaient intégrer cette lutte à leur programme de "parti".

Il naît en tant que groupe spécifique d’appui aux luttes et aux fractions du mouvement ouvrier le plus radical de Barcelone. Il a présent à l’esprit à tout moment la nécessité de soutenir la lutte prolétaire, et son soutien en tant que groupe spécifique consiste en un apport matériel, d’agitation, de propagande, par le biais de l’acte et de la parole.

En avril 1970, le MIL développe une critique ouverte contre toutes les lignes réformistes et gauchistes ("LE MOUVEMENT OUVRIER A BARCELONE"). La même année, un travail se développe autour de la critique du léninisme ("LA REVOLUTION JUSQU’AU BOUT"). Sa critique du dirigisme, du groupusculisme, de l’autoritarisme, etc., l’amène à rompre alors avec les organisations de base qui voulaient s’emparer des luttes et expériences menées en commun -comme celle de la Harry-Walker-, et ainsi se groupusculiser. Le MIL, dans l’isolement politique et pour sa survie politico-militaire, prend des engagements politiques avec des groupes militaires : par exemple, avec les nationalistes, qui, à ce moment-là, étaient les seuls qui acceptaient de passer à la lutte armée. De tels engagements, rendus nécessaires par l’isolement du groupe, l’amenèrent à oublier ses perspectives antérieures.

Il n’y a pas de pratique communiste possible sans lutte systématique contre le mouvement ouvrier traditionnel et ses alliés. Inversement, il n’y a pas d’action efficace contre eux s’il n’y a pas compréhension claire de leur fonction contre-révolutionnaire. Jusqu’à maintenant, toutes les stratégies révolutionnaires ont essayé d’exploiter les diverses difficultés rencontrées par la bourgeoisie dans sa gestion du Capital. Lorsqu’elles ont renversé des bourgeoisies faibles, elles ont organisé le capitalisme. Si les bourgeoisies étaient fortes, elles ont été condamnées à la misère. Et aujourd’hui c’est le prolétariat qui rejette ces stratégies et impose la sienne : la destruction du capitalisme, se niant lui-même en tant que classe. Aujourd’hui, la classe ouvrière attaque le Capital dans toutes ses manifestations d’exploitation : encadrement, autoritarisme, exploitation, etc. La seule forme d’action possible est la violence révolutionnaire par le biais de l’acte et de la parole.

Ses fractions les plus avancées s’organisent pour des tâches concrètes révolutionnaires tant dans les usines que dans les quartiers : contre la CNS, contre les CC.OO. bureaucratisées et réformistes, contre le PCE et les groupuscules les plus variés, les situant au même niveau que les actuels gestionnaires du Capital (la bourgeoisie). La consolidation de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière est l’auto-organisation sur les lieux de travail, par le biais de comités d’usine, de quartier, et à travers la coordination et la généralisation de la lutte en appliquant la ligne de lutte de classes, la ligne communiste. La pratique du MIL est liée au développement du Mouvement Communiste et en fait partie. C’est pour cela qu’il se propose d’attaquer tous les types de mystifications.

La société actuelle possède ses lois, sa Justice, ses Gardes, ses Juges, ses Tribunaux, ses Prisons, ses Délits, sa "Normalité". Face à cela apparaissent une série d’organes politiques (partis et syndicats, réformisme et gauchisme...) qui feignent de neutraliser cette situation quand en réalité ils ne font rien d’autre que de consolider la société actuelle. La justice dans la rue ne consiste en rien d’autre que de dénoncer et d’attaquer toutes les mystifications de la société actuelle (partis, syndicats, réformisme, gauchisme, lois, justice, gardes, juges, tribunaux, prisons, délits, c’est-à-dire sa "normalité").

Le refus de ce conformisme dans l’action pratique amène de fait à la constitution d’associations de révolutionnaires, individuellement ou collectivement.

Une association de révolutionnaires est celle qui mène jusqu’à ses ultimes conséquences une critique unitaire du monde. Par critique unitaire, nous entendons la critique globale de toutes les zones géographiques où s’installent les différentes formes de séparation socio-économique ainsi que celle prononcée contre tous les aspects de la vie.

Elle ne tend pas à la simple autogestion du monde actuel par les masses mais à sa transformation ininterrompue, à la décolonisation de la vie quotidienne, à la critique radicale de l’économie politique, à la destruction et au dépassement de la marchandise et du travail salarié. Une telle association refuse toute reproduction en elle-même des conditions hiérarchiques du monde dominant. La critique des idéologies révolutionnaires ne consiste pas en autre chose que de démasquer les nouveaux spécialistes de la révolution, les nouvelles théories qui se situent au-dessus du prolétariat.

Le "gauchisme" n’est pas autre chose que l’extrême-gauche du programme du Capital. Sa morale révolutionnaire, son volontarisme, son militantisme, ne sont pas autre chose que des produits de cette situation. Ils visent le contrôle et la direction de la lutte de la classe ouvrière. Ainsi, toute action qui ne mène pas à une perspective de critique et à un refus total du Capitalisme reste en son sein et est récupérée par lui. Aujourd’hui, parler d’ouvriérisme et de militantisme et le pratiquer, c’est vouloir éviter le passage au communisme.

Parler d’action armée et de préparation à l’insurrection est la même chose : il est aujourd’hui inutile de parler d’organisation politico-militaire ; de telles organisations font partie de la magouille politique. Pour tout cela, le M.I.L. s’autodissout en tant qu’organisation politico-militaire, et ses membres se disposent à assumer l’approfondissement communiste du mouvement social.

MIL - Conclusions définitives du congrès du MIL

Août 1973

Post-scriptum :

Le terrorisme et le sabotage sont des armes actuellement utilisables par tout révolutionnaire. Terrorisme par le biais de la parole et de l’acte. Attaquer le Capital et ses fidèles gardiens -qu’ils soient de droite ou de gauche- tel est le sens actuel des GROUPES AUTONOMES DE COMBAT qui ont rompu avec tout le vieux mouvement ouvrier et qui promeuvent des critères d’action précis. L’organisation est l’organisation des tâches, c’est pourquoi les groupes de base se coordonnent pour l’action. A partir de telles constatations, l’organisation, la politique, le militantisme, le moralisme, les martyrs, les sigles, notre propre étiquette, sont passés dans le vieux monde.

Ainsi donc, chaque individu prendra -comme on l’a dit- ses responsabilités personnelles dans la lutte révolutionnaire. Ce ne sont pas des individus qui s’autodissolvent : c’est l’organisation politico-militaire MIL qui s’autodissout : c’est notre passage dans l’histoire qui nous fait abandonner définitivement la préhistoire de la lutte de classes.


texte de auto-dissolution 1973