SOMMAIRE | MIL, GAC, Mayo-37 : documents publics | 1973


dimanche 14 octobre 2007

Allons-nous vers un nouveau 29 ?
Par C. Giné

Prologue

Notes des EDITIONS MAYO 37

La contradiction fondamentale du capitalisme, et les multiples processus de conflit et d’irrationalité dans lesquels il s’imbrique, se traduisent et se traduiront, tant que cette société perdurera, en CRISES diverses, en ruptures du fonctionnement régulier du système. Ces crises peuvent déboucher sur des périodes révolutionnaires si les masses travailleuses sont suffisamment combatives pour mettre en danger le système capitaliste et suffisamment conscientes pour pouvoir le le [sic] dévier et édifier sur ses ruines une nouvelle société. Le fonctionnement du capitalisme garantit donc qu’il y aura toujours des « occasions révolutionnaires », mais ce qui n’est pas garanti, c’est le résultat, qui dépend seulement du degré de conscience et d’autonomie des masses.

Socialisme ou Barbarie, 1964

Parler des crises du système capitaliste, c’est parler de la possibilité de la révolution. Il n’y aura peut-être pas toujours des « occasions révolutionnaires », comme l’avait affirmé « Socialisme ou Barbarie ». Mais ce qui est certain, c’est que, sans qu’il ne soit nécessaire de tomber dans des positions catastrophistes – la révolution est inévitable, elle vient seule, elle est le fruit du système capitaliste lui-même et de ses contradictions -, ni dans des positions volontaristes – la révolution est une simple question de capacité de lutte du prolétariat, de son niveau de conscience, de l’activité organisée de son avant-garde -, il existe indubitablement des conditions objectives et des conditions subjectives quant au développement du processus révolutionnaire.

Les conditions objectives relatives à la dynamique du capitalisme ont évolué ; en réalité, le capitalisme n’a pas cessé d’évoluer tout au long de son histoire. D’un côté, il existe de nouveaux mécanismes et de nouvelles stratégies pour faire face aux crises et tenter de les endiguer ou, au moins, de les contrôler, même c’est au prix d’un processus d’inflation galopante qui n’a pas d’issue. Mais, d’un autre côté, cela ne fait rien de plus que de reporter les problèmes de fond et les contradictions internes du système, augmentant leur volume à un extrême tel que son éclatement ne peut être qu’une simple récession cyclique de portée purement locale, mais un véritable krach international, une grande crise. En ce sens, et malgré les différences concrètes de la situation du capitalisme actuel et de ses nouveaux mécanismes en cours d’usure auxquels il a eu recours jusqu’à présent, nous ne pouvons que nous demander : ALLONS- NOUS VERS UN NOUVEAU 29 ?

A plusieurs reprises, le mouvement ouvrier a essayé d’entreprendre une étude de l’économie en Espagne pour adapter à la fois sa stratégie de lutte et d’alternative révolutionnaire. Ces études sont généralement restées enfermées dans les particularités des structures politiques et économiques du franquisme, dans la dénonciation de la répression institutionnalisée, des secteurs en retard et du frein à l’intégration au Marché commun que tout ce retard implique. Cela n’est pas le simple fruit du hasard, ni le simple reflet d’un antifascisme facile dont les thèses sont partagées pour l’essentiel par la bourgeoisie.

Il est certain que, en nous limitant à la question économique et en laissant de côté les questions plus anecdotiques et superficielles, il existe des obstacles à la croissance spécifiques au passé et à l’évolution du capitalisme en Espagne, à des structures très peu flexibles et dépassées. Mais cela ne conduit pas a [sic] faire des prévisions inexactes et simplistes sur l’évolution du pays. Quand le régime se rendit compte que l’entrée dans l’ONU et l’aide yankee n’étaient pas suffisantes pour réaliser, dans les années 50, une accumulation de capital empêchée par de gros défauts de structure, le régime ne disparut pas mais se lia toujours plus au capital étranger, créant en sa faveur les conditions favorables et indispensables par le biais du Plan de Stabilisation de 1959.

Ni ledit Plan, ni les Plans de Développement mis en place à partir de la nouvelle situation créée, n’atteignirent leurs objectifs de développement et de stabilité économique : le résultat fut, au contraire, le grand marasme économique de la seconde moitié des années 60. Les années 70 ont été encore plus désastreuses dans la détérioration de la situation économique en Espagne : la bourgeoisie nationale et son Etat de classe se sont montrés plus incapables que jamais d’éviter le naufrage, et le grand capital international a clairement démontré qu’il n’était pas disposé à payer pour le moment la facture d’une économie aux vices structuraux si grands, encore moins à ce moment si difficile que le Capital était en train de traverser au niveau international. Le Marché commun européen impose des conditions particulièrement défavorables à l’économie espagnole et il est certain qu’il ne le fait pas pour des raisons politiques ni en solidarité avec les luttes du prolétariat espagnol.

La situation économique en Espagne se détériore, plus elle est faible et vulnérable face aux récessions et crises internationales, plus le franquisme a besoin d’états d’exception et du durcissement d’une politique pourtant déjà si dure : on accentue plus les contradictions d’un régime qui, au lieu d’aider la bourgeoisie à intégrer le Marché commun, accentue de plus en plus ses traits anachroniques. Néanmoins, les expériences des crises passées – avant celle de 59, en 1968-69 – nous enseignent que le régime nu [sic] s’enfonce pas tout seul (mécanisme) : les restrictions de crédit, l’échec des Plans de Développement, l’arrêt de l’investissement, les récessions, inflations, stagnations, dévaluations, l’augmentation du chômage, la hausse du coût de la vie, etc., ne peuvent remplacer l’action décidée des travailleurs en lutte non seulement contre le caractère obsolète de certaines structures du capitalisme espagnol, mais aussi contre le système du capitalisme lui-même.

En définitive, il ne s’agit pas de lutter seulement contre le fascisme mais contre le système économique, il ne s’agit pas de s’affronter aux contradictions du capitalisme espagnol mais à tout le capitalisme international, il ne s’agit pas d’un combat local mais d’une lutte de portée mondiale. Il s’agit d’une ligne de révolution internationale et de l’étude de la crise mondiale du capitalisme, et non d’une ligne révolutionnaire basée sur des études économiques du franquisme et des crises d’un capitalisme isolé et comme distinct de celui des pays avancés.

La présente étude parut sous le nom de Césped Giné dans les numéros VI et VII de la revue française « REVOLUTION INTERNATIONALE » (première série), correspondant à janvier-février et mars-avril 1972. Elle constitue donc l’une des études sérieuses les plus récentes sur la question, et les données ici fournies sont les plus proches possible du moment présent. Dans cette étude, la revue « R.I » aborde tant l’analyse détaillée de la situation – statistiques, dévaluations monétaires, crise du dollar et autres questions concrètes – que le thème ambitieux de ce que signifie la crise du système, de comment le capitalisme porte en lui la contradiction, la nanarchie [sic] et la crise en son sein, établissant ainsi une dialectique féconde grâce au passage continuel du général au particulier et du particulier au général.

Les successeurs de Marx ont amalgamé sous le nom de crise, diverses théories et interprétations à propos du phénomène : 1) Les uns comprirent que la faiblesse des taux de profit n’était pas une tendance mais un fait en termes absolus, l’apocalypse, la crise finale ; 2) D’autres suivirent la Loi de Bronze sur les salaires de Lasalle, l’attribuant erronément à Marx, qui affirme que les salaires tendent à baisser à cause du bénéfice, créant ainsi une situation de sous-consommation (moins de demande pour la même offre), qui conduit à la crise ; 3) En réalité, dans les volumes II et III du Capital, Marx situe la crise de surproduction (ce n’est pas la demande qui diminue, mais l’offre qui augmente) dans la valorisation du capital qui exige non seulement une reproduction simple du capital investi mais aussi sa reproduction étendue, trop étendue…

L’importance de la fidélité à la conception marxiste de la crise et de sa vigueur actuelle est considérable pour la théorie et la pratique révolutionnaire. Nous reprenons donc en annexe de larges extraits d’une polémique de R. Victor dans « Révolution Internationale » n°7 (de mars-avril 72), intitulée : « VOLONTARISME ET CONFUSION », écrit « à propos de l’abandon non réformiste du catastrophisme révolutionnaire », comme complément pertinent de l’étude de C. Giné et comme référence pour ouvrir le débat.

Editions MAYO-37 Février 1973


Nous allons vers un 1929